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par Cécile FAURE

En 2019 la municipalité en place a fait installer 21 caméras dans Oloron, réparties sur 14 sites de la ville pour surveiller les lieux publics, les grands axes routiers et la population. Le coût seul de l’installation, donné dans la presse, est de 140 000€. Sans parler du coût de la maintenance, de la location des serveurs, des assurances, etc. Cet investissement important pour une ville comme Oloron mérite d’être mieux compris.

Remarque préalable : Les sources pour les chiffres donnés dans cet article sont indiquées à la fin.

Sur la promenade des Anglais à Nice.

La vidéo surveillance  est aujourd’hui très répandue. En quelques chiffres :

  • en 1999, 60 communes étaient sous vidéo surveillance
  • en 2009, 2000 communes étaient sous vidéo surveillance
  • en 2019, 80% des villes moyennes sont sous vidéo surveillance

Mais qu’attendent les municipalités de ces caméras ?  

1) qu’elles dissuadent

celles et ceux qui veulent commettre des méfaits dans l’espace public

2) qu’elles aident à résoudre des enquêtes

3) qu’elle rassurent les populations

Voyons, à partir de résultats basés sur des études anglo-saxonnes et françaises, si les objectifs de la video surveillance sont remplis.

  • Sont-elles dissuasives ? l’effet dissuasif des caméras dépend des infractions

Les infractions qui sont commises sous l’effet de l’impulsivité (alcool, disputes) ne baissent pas. Les infractions préméditées baissent possiblement : ce qui ne s'est pas passé est difficile à évaluer.

 

  • Font-elles baisser la délinquance globale dans la ville ? Non, on note un déplacement de la délinquance

Il y a deux types de déplacements.

Un déplacement physique:  la délinquance augmente dans les parties de la villes qui ne sont pas surveillées; et un déplacement fonctionnel : le même délinquant produit des crimes d’une autre nature.

Seuls les délits ne pouvant être délocalisés (dégradation d’un monument) sont susceptibles d’être empêchés par l’installation de caméras.

 

  • Protègent-elles les habitants ? Non, car personne ne regarde les vidéos en direct

A Oloron, comme dans beaucoup de villes moyennes, il n’y a personne qui regarde les vidéos en direct. Donc les agressions ou délits filmés n'entrainent pas d'interventions immédiates.

D'autre part,  ces vidéos mettent en danger les personnes déjà stigmatisées. Par exemple, lorsqu'elles sont visionnées,  dans le flot homogène et continu d’images, seules les différences « notables » sont perçues.
En premier lieu, la couleur de la peau.

Les personnes qui au contraire ont une apparence jugée « conforme » sont légitimées dans leur appropriation de l’espace public.

 

  • Servent-elles à résoudre des affaires ? oui mais dans très peu de cas (1 à 3%)

Deux exemples dans de grandes villes, avec d’autres moyens humains qu’à Oloron :

À Marseille, sur l'année 2018, il y a eu 60 000 enquêtes pour infraction sur la voie publique, seulement 1850 réquisitions d’images, qui ont été décisives dans seulement 103 affaires.

Autre exemple à Londres, le responsable des réseaux de surveillance parle de "véritable fiasco "et affirme que l’incidence de la vidéosurveillance de voie publique pour résoudre des affaires ne dépasse pas celle de l’incident statistique.

Pourquoi une si faible taux de réussite? Parce que les caméras filment tout et rien à la fois, il n’y a pas de sélection parmi les délits qu’elles sont censées repérer (vols, violences à la personne, trafic de drogue, terrorisme,…). Donc même lorsque ces vidéos sont visionnées en continu, elles ne sont pas efficaces pour repérer des délits. 

 

  • Protègent-elles contre le terrorisme ? Non, elles sont inefficaces

Deux exemples là aussi : Nice est la ville la plus vidéo surveillée de France, cela n’a pas empêché l’attaque au camion bélier du 14 juillet 2016. 

À Paris, la RATP (bus, métro,..) est dotée du plus important réseau de vidéo surveillance d’Ile-de France (40 000 caméras). Le 13 Novembre 2015, après attentat au Bataclan, l’instigateur présumé de l’attentat prenait le métro.

 

  • Rassurent-elles les populations  ? oui, celles et ceux qui se considèrent comme légitimes dans l’espace public


Seule l'opération de communication qui accompagne les caméras de vidéo surveillance semble être une réussite puisque " 65% des français (en 2010) considéraient la vidéo surveillance plutôt ou très efficace".

On peut donc parler de "mythe sécuritaire" avec un coût important pour les communes car il s’agit d’équipement fragiles, chers à l’installation et à la maintenance.

Dans ce cas, le manque d'information, la confusion entre la fiction et la réalité conduisent à des dépenses inutiles de la part des municipalités. 

 

  • Assiste-t-on à une privatisation de la sécurité des villes ? oui

Plutôt que d’embaucher du personnel, les communes se déchargent de la sécurité de la ville sur un opérateur privé, dont on peut légitimement se demander si son intérêt est que la sécurité dans les villes augmente.

En conclusion, la vidéo surveillance à Oloron comme ailleurs, est un mythe sécuritaire. En plus d’être chères, les caméras de vidéosurveillance sont globalement inefficaces et très intrusives. Elles ne protégent pas la population tout en lui laissant croire du contraire.



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